Comment les sociétés préhistoriques ont-elles pensé la mort ? Quelles significations ont-elles attribuées aux corps des défunts, aux gestes qui les accompagnent, aux espaces dans lesquels ils reposent ? À travers les traces matérielles du traitement des corps – sépultures, restes humains manipulés, marques de découpe, dépôts secondaires, prélèvements de trophées – ce colloque entend explorer la diversité des pratiques mortuaires du Paléolithique au Néolithique, qu’elles soient funéraires, rituelles ou violentes.
L’enjeu est double : il s’agit, d’une part, de reconstituer les gestes – ensevelissements, expositions, décarnisations, cannibalisme rituel ou non –, et, d’autre part, de comprendre les logiques symboliques et sociales qui les sous-tendent. Il s’agira aussi d’interroger les limites de l’interprétation rituelle : dans certains contextes, des corps cannibalisés pourraient relever de simples usages alimentaires ou témoigner d’actes de violence et d’agression entre groupes. Ces pratiques offrent malgré tout un accès précieux à l’univers mental de sociétés sans écriture, très éloignées des nôtres par le temps, mais riches d’expressions symboliques. Les conceptions du corps, de l’identité ou des liens aux morts y étaient profondément différentes de celles qui prévalent dans les sociétés contemporaines, où la mort tend à être mise à distance du quotidien.
Dans une approche interdisciplinaire mobilisant archéologie, paléoanthropologie, taphonomie et sciences des mythes, ce colloque interrogera la manière dont les gestes autour de la mort participent à l’élaboration de systèmes de représentation, au-delà même de la disparition individuelle. En investissant la matérialité des restes des défunts, les vivants construisent des mythes, des mémoires, des appartenances – autant de récits dont nous ne percevons aujourd’hui que les traces fragmentaires, mais toujours chargées de signification.
Déroulement :
9:00 Introduction
Jean-Jacques Hublin (Collège de France – Max Planck Institute
for Evolutionary Anthropology, Germany)
9:15 Peut-on reconstituer les mythes des sociétés paléolithiques ?
Loïc Le Quellec (CNRS)
9:45 La mort est-elle une fin ? Ce que la mythologie comparée
nous apprend des premières croyances de l’humanité
Julien d’Huy (Collège de France)
10:15 Discussion
10:30 Pause café
10:50 The Roots of Funerary Behavior in the Middle Pleistocene
Noemi Sala (CENIEH)
11:20 Sépultures et gestes funéraires dans le Paléolithique moyen
Bruno Maureille (CNRS)
11:50 Cannibalisme néandertalien
Pauline Raymond (Collège de France)
12:20 Discussion
12:35 Pause déjeuner
14:00 Art pariétal, fréquentations humaines et pratiques funéraires
gravettiennes dans la grotte de Cussac
Jacques Jaubert (Université de Bordeaux)
14:30 Les sépultures multiples des chasseurs-cueilleurs européens :
éléments de compréhension
Bruno Boulestin (Université de Bordeaux)
14:50 Discussion
15:05 Pause café
15:25 Un éclairage nouveau sur les structures familiales
au Néolithique grâce à l’archéogénétique,
le cas de Gurgy « les Noisats » (Bourgogne, France)
Maïté Rivollat (CNRS)
15:55 L’enfant et la mort dans l’Occident néolithique
Alain Beyneix (Muséum national d’histoire naturelle)
16:25 Discussion
16:40 Massacres, trophées et fêtes de victoire
dans le néolithique européen
Philippe Lefranc (Université de Strasbourg)
& Fanny Chenal (Inrap)
17:10 Interpréter le cannibalisme préhistorique :
l’exemple du site néolithique de Herxheim
Bruno Boulestin (Université de Bordeaux)
17:50 Discussion/clôture